Du 9 avril au 20 mai @ Colis suspect : Pinata, par Hugo Blouin

Le Centre d'artistes AdMare présente, du 9 avril au 20 mai à l'Aéroport des Îles-de-la-Madeleine, l'installation Pinata, d'Hugo Blouin.

DESCRIPTION
Pinata porte sur la promesse – ou le mensonge – que constitue l'œuvre d'un artiste lorsqu'elle est offerte au public. L'oeuvre est essentiellement constituée d'avions en papier fabriqués avec les pages des exemplaires ratés du livre-DVD Notes d'étrangement aux îles de la Madeleine (la Morue verte, Îles-de-la-Madeleine, 32 p., 16 m 38 s, 2010).
La publication reprenait le contenu de l'installation vidéo Étrangement, exposée en 2009 à l'Atelier de la Grande école. Suite à des problèmes techniques imprévisibles dans le processus de fabrication, elle aura nécessité trois impressions complètes du lot de livres, c'est-à-dire la confection de 2 000 exemplaires dont l'imperfection était trop grande pour la diffusion. Bien qu'anecdotique, cette aventure prit pour l'artiste valeur de leçon, laquelle s'avèrera marquante dans l'évolution de son travail, où s'exprime périodiquement une fascination pour la relation entre l'art, l'artiste et le public :

Seul m'appartient mon processus de création. Mes œuvres, les conséquences, s'affranchissent dès leur complétion. Ce que j'aurai voulu exprimer par elles l'aura été pendant le travail – ensuite elles deviennent un potentiel (de sens, de force, de réflexion) à la merci des passants.





Photos : Geneviève Génier Carrier.

Symbole du potentiel de l'œuvre, un filet de pêche rempli d'avions en papier est suspendu au milieu de l'espace d'exposition. Le « sol » de l'espace est couvert de miroirs brisés, confrontant le visiteur à une image « éclatée » de lui-même et rappelant le lien indirect entre l'œuvre voulue par l'artiste et celle perçue par le visiteur. Posés dessus : une batte de baseball en plastique, évoquant le rôle du visiteur dans son assimilation d'une œuvre – taper au passage pour extraire du sens –, et plusieurs avions s'étant échappés du filet – les résultats des coups sur la piñata. Évidemment, on peut aussi n'y voir qu'une scène enfantine : avions de papier, jouet abandonné et verre brisé.

DÉMARCHE DE L'ARTISTE
Je veux réfléchir ; que l’on réfléchisse. Pas trop longtemps. Juste cette seconde qui nous prouve, contre toute attente, notre pertinence. S’user la tête le temps de nous découvrir, humains. Insulaires. Par la musique, le son, les arts visuels, les arts médiatiques et la poésie, je nous cherche et m’explore. Pour trouver, dans nos parcelles de quotidien, d’imaginaire et de tradition, des récoltes de mots, de sons et d'images. De quoi se réfléchir, de quoi articuler ces questions qui font de nous des humains – l’identité, l’appartenance, le mode de vie et la perception de la réalité.
Dans la forme, mon travail sur ces thèmes est expérimental et multidisciplinaire, et comprend une recherche sur la relation, dans l’expérience, entre le public et l’œuvre. À l’installation – statique, multimédia ou interactive – au spectacle, à l’art graphique transféré sur différentes surfaces et aux œuvres numériques se greffent ainsi des mécanismes et des symboles qui impliquent le visiteur quand ils ne le font pas carrément participer.
Originaire des Cantons-de-l’Est, mon enfargement aux îles de la Madeleine correspond avec l’intensification de ma pratique et de fait, en aura influencé le développement. Proches de mes préoccupations, plusieurs caractéristiques de l’Archipel ont mené à mon engagement artistique. Je pense au cumul des identités (Madelinot, Québécois et Acadien), à la persistance dans la culture de certaines traditions, dont la religion, et à la dynamique insulaire où cohabitent solidarité et omertà, où plusieurs oiseaux migratoires restent pour l’hiver, et où l’on doit s’imposer un recul, une différenciation avec l’« en-dehors ». Dernier facteur : je n’y suis pas chez moi.
Mon parcours a débuté par des œuvres interdisciplinaires de densité et d’intensité. Les contes de grasse lune (2006-08) abordaient la symbolique de la mort dans un cycle de contes philosophiques présenté en spectacle avec musique en direct et projection d’illustrations animées. Dans la même voie, Étrangement (2009), marquait un moment de remise en question, un besoin de laisser les contenus être, en quelque sorte, leurs propres acteurs. La poésie succéda au conte et la scène devint installation, écrans et écouteurs pour explorer l’aliénation contemporaine et l’identité dans une installation en cinq scènes multimédias, puis dans une publication. J’entreprends ensuite un cycle de création épuré du cumul des disciplines, chacune étant abordée dans des projets différents. Entre autres, Je t’avais tué, expophotoroman (2009), narratif exclusivement visuel traitant du bouleversement des relations qui nous unissent, ainsi que Les palabres de Madeleine, aventures phonographiques, projet d’art audio ancré dans le patrimoine madelinot en cours de réalisation pour diffusion en 2011. Basées sur la collecte et la transformation d’enregistrements terrain, Les palabres verront la réalisation de narratifs sonores où les Îles se raconteront d’elles-mêmes.
La Boîte à malentendus (FAVA, 2010) témoignait d’un autre développement de ma pratique, où la relation du public avec l’art était abordée directement. Piñata s’inscrit dans la même voie, en plus de souligner, par sa transformation en œuvre, un événement marquant de mon court cheminement. Ayant dépassé le point de non-retour – impossible de ne plus faire d’« art bizarre » – je me permets d’observer et d’aborder, en plus du monde qui m’entoure, celui de l’art d’aujourd’hui.

À PROPOS DE L'ARTISTE
Hugo Blouin est actif en arts visuels, en musique et en littérature depuis 2005, et vit aux îles de la Madeleine depuis 2006. Il est issu des domaines académiques de la musique et de la communication.
En 2011, Hugo Blouin participe comme artiste et auteur à l’exposition collective + publication Beausir les mots. Il œuvre également à la réalisation des Palabres de Madeleine, du cinéma pour les oreilles, création sonore à être présentée dès l’été. Dans les dernières années, on aura vu et entendu son travail dans les matchs et événements de la MOMI, ligue d'improvisation musicale madelinienne, le court métrage Painted Wings (musique de film, 2010), l'exposition Je t'avais tué, expophotoroman (Aéroport des Îles-de-la-Madeleine, 2009), l’installation vidéo Étrangement aux îles de la Madeleine (Atelier de la Grande école, 2009), les spectacles Brasser Brassens et Les contes de grasse lune (Au Vieux Treuil, 2008) et les prestations du groupe Les harengs cuivrés.